L’accès aux soins constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du système de santé. Dans ce contexte, plusieurs associations de patients réunies au sein d’un collectif national ont lancé un Observatoire de la perte de chance afin de mieux identifier les situations dans lesquelles des difficultés d’accès aux soins, des retards de prise en charge ou des ruptures de parcours peuvent avoir des conséquences sur l’état de santé des patients.
Cette démarche vise à objectiver un phénomène de plus en plus souvent signalé par les usagers comme par les professionnels de santé : l’altération des chances de guérison, de stabilisation ou de maintien de l’autonomie liée à une prise en charge tardive ou incomplète.
Les premiers constats mettent en évidence des difficultés persistantes dans l’accès aux soins, tant en établissement de santé qu’en ville et à domicile. Délais d’obtention de rendez-vous, reports de consultations ou d’examens, difficultés d’accès à certains professionnels ou encore ruptures dans le suivi des patients constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser les parcours de santé.
Ces situations concernent particulièrement les personnes âgées, les patients atteints de maladies chroniques, les personnes en situation de handicap ainsi que les populations les plus vulnérables.
Au-delà des conséquences individuelles, ces ruptures de parcours peuvent entraîner une aggravation de l’état de santé, des recours évitables aux services d’urgence ou des hospitalisations qui auraient pu être anticipées.
Acteurs de proximité présents sur l’ensemble du territoire, les infirmiers libéraux occupent une place stratégique dans la prévention des pertes de chance.
Par leur présence quotidienne au domicile des patients, ils contribuent à :
- repérer précocement les signes de dégradation de l’état de santé ;
- assurer la continuité des soins et la surveillance clinique ;
- favoriser l’observance des traitements ;
- prévenir les complications et les hospitalisations évitables ;
- coordonner les interventions des différents professionnels impliqués dans le parcours de soins ;
- accompagner les patients et leurs aidants dans les situations de fragilité.
Cette connaissance fine des situations individuelles permet souvent d’identifier rapidement les risques de rupture de prise en charge et d’engager les actions nécessaires pour sécuriser le parcours du patient.
Les récentes évolutions législatives et conventionnelles confirment la place croissante des infirmiers dans l’organisation des soins de premier recours.
Le développement de l’accès direct, la reconnaissance des consultations infirmières, le renforcement des missions de prévention et l’implication croissante des infirmiers dans les dispositifs d’exercice coordonné témoignent de cette volonté de mieux mobiliser les compétences infirmières au service de l’accès aux soins.
Face à des délais d’attente qui s’allongent, un renoncement aux soins qui progresse
Un premier chiffre, déjà : 73% des Français indiquent avoir renoncé à au moins un acte de soin dans les 5 dernières années ; ils étaient 63% en 2024. Avec trois principales à cela :
- les délais d’attente, qui s’allongent, pour obtenir un rendez-vous, et ce quel que soit le champ du soin concerné – elle est avancée par 59% des répondants
- la seconde raison est liée à des conditions de budget (40%),
- en corrélation avec celles d’accessibilité (38%), les territoires ruraux subissent beaucoup plus de ces difficultés d’accès aux soins que les métropoles ou les grandes villes
