Les personnes atteintes d’une fibrose sévère du foie, également appelée fibrose hépatique avancée ou cirrhose (stades F3 et F4), présentent un risque accru de complications infectieuses. Cette vulnérabilité est liée à l’altération des défenses immunitaires associée à la maladie hépatique chronique.
Dans ce contexte, la vaccination constitue un levier essentiel de prévention afin de réduire les risques d’infections graves, d’hospitalisations et de décès.
La fibrose hépatique sévère résulte de l’évolution de différentes pathologies chroniques du foie : hépatites virales B et C, consommation excessive d’alcool, stéatopathie métabolique associée à l’obésité et au diabète, maladies auto-immunes ou génétiques.
En France, près de 500 000 personnes vivraient avec une fibrose hépatique sévère. Ces patients présentent une immunodépression acquise qui les expose davantage aux infections bactériennes et virales. Les infections respiratoires, notamment liées à la grippe ou à la Covid-19, sont associées à des formes plus sévères et à une mortalité plus élevée chez ces patients.
Les infections par les virus des hépatites A ou B peuvent également entraîner une aggravation rapide de la maladie hépatique et augmenter le risque de complications, notamment de cancer du foie.
La MASH (anciennement NASH) : une maladie silencieuse en forte progression
Parmi les causes de fibrose hépatique avancée, la stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique (MASH), anciennement appelée NASH (Non Alcoholic SteatoHepatitis), occupe désormais une place majeure.
Cette maladie est la forme évolutive de la stéatose hépatique métabolique, souvent appelée « maladie du foie gras ». Elle est étroitement liée à l’obésité, au diabète de type 2, aux dyslipidémies et au syndrome métabolique.
Longtemps asymptomatique, la MASH peut évoluer progressivement vers une fibrose sévère, une cirrhose, voire un carcinome hépatocellulaire. En raison de l’augmentation de l’obésité et du diabète, elle constitue aujourd’hui l’une des premières causes de transplantation hépatique dans plusieurs pays occidentaux.
En France, on estime que près d’un adulte sur quatre présente une stéatose hépatique et qu’environ 2 à 3 % de la population pourrait développer une forme inflammatoire susceptible d’évoluer vers une fibrose avancée.
Malgré les recommandations existantes, la couverture vaccinale demeure insuffisante chez les patients atteints de fibrose sévère du foie.
L’étude VACCIR a mis en évidence des taux de vaccination particulièrement faibles six mois après le diagnostic :
- 38 % pour le vaccin diphtérie-tétanos-poliomyélite (DTP) ;
- 4 % pour l’hépatite A ;
- 10 % pour l’hépatite B chez les personnes éligibles ;
- 19 % pour le pneumocoque ;
- 69 % pour la grippe saisonnière.
Ces résultats soulignent l’importance de renforcer l’information, le repérage et l’accompagnement vaccinal de cette population particulièrement vulnérable.
Ce que révèle l’étude VACCIFOIE
Menée par SOS Hépatites & Maladies du foie avec l’appui de l’Association nationale des hépato-gastroentérologues des Hôpitaux généraux (ANGH), de MoiPatient et de Cemka, l’étude VACCIFOIE s’est intéressée au ressenti, au niveau d’information et aux besoins des personnes atteintes d’une fibrose sévère du foie concernant la vaccination.
Les résultats mettent en évidence plusieurs constats :
- un niveau de connaissance parfois insuffisant des recommandations vaccinales spécifiques aux maladies chroniques du foie ;
- une méconnaissance des risques infectieux associés à la fibrose hépatique sévère ;
- un besoin important d’information personnalisée et de conseils adaptés ;
- des interrogations persistantes sur l’utilité de certains vaccins ;
- une attente forte d’accompagnement par les professionnels de santé de proximité.
L’enquête souligne également que de nombreux patients souhaitent bénéficier d’une information plus claire sur les vaccins recommandés, leurs bénéfices et les modalités pratiques d’accès à la vaccination.
Ces résultats confirment que l’amélioration de la couverture vaccinale ne repose pas uniquement sur la disponibilité des vaccins mais également sur l’accompagnement des patients dans leur parcours de prévention.
Selon les recommandations vaccinales en vigueur, les personnes atteintes d’une maladie chronique du foie doivent bénéficier d’une vigilance particulière concernant leur statut vaccinal.
Les vaccinations recommandées concernent notamment :
- l’hépatite A ;
- l’hépatite B ;
- la grippe saisonnière ;
- les infections à pneumocoque ;
- la Covid-19 selon les recommandations actualisées ;
- le zona chez les personnes concernées.
La vaccination contre l’hépatite A est spécifiquement recommandée chez les personnes atteintes de maladies chroniques du foie susceptibles d’évoluer vers une atteinte sévère.
Professionnels de proximité, les infirmiers libéraux occupent une place privilégiée dans le repérage et l’accompagnement des patients atteints de maladies chroniques du foie.
Dans le cadre de leurs compétences, ils peuvent :
– Vérifier le statut vaccinal
Lors des soins à domicile ou au cabinet, l’infirmier peut sensibiliser le patient à l’importance de la vaccination et vérifier la mise à jour du calendrier vaccinal.
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– Repérer les patients à risque
Les infirmiers libéraux sont souvent les premiers professionnels à identifier des patients présentant :
- une cirrhose ou une fibrose avancée ou présentant des facteurs de risque de MASH ;
- des antécédents d’hépatite virale ;
- une consommation chronique d’alcool ;
- un syndrome métabolique associé à une atteinte hépatique.
– Informer et accompagner
L’éducation à la santé constitue une mission essentielle de l’exercice infirmier. L’infirmier peut expliquer les bénéfices de la vaccination, répondre aux interrogations des patients et lutter contre les hésitations vaccinales.
Ils peuvent identifier plusieurs facteurs d’alerte :
- diabète de type 2 ;
- surpoids ou obésité ;
- hypertension artérielle ;
- dyslipidémie ;
- syndrome métabolique ;
- antécédents cardiovasculaires.
- antécédents cardiovasculaires.
Ils contribuent également à la sensibilisation des patients sur l’importance de l’activité physique, de l’alimentation équilibrée et du suivi médical régulier.
– Prescrire et administrer certains vaccins
Dans le cadre de l’élargissement récent de leurs compétences vaccinales, les infirmiers sont autorisés à prescrire et administrer de nombreux vaccins recommandés chez l’adulte, conformément aux textes en vigueur.
Cette évolution facilite l’accès à la vaccination pour des patients souvent suivis à domicile et parfois éloignés des structures de soins.
– Participer à la coordination du parcours de soins
Les infirmiers libéraux contribuent également à la coordination entre le médecin traitant, l’hépatologue, le pharmacien et les autres acteurs impliqués dans la prise en charge du patient.
Cette coordination est essentielle pour éviter les retards de vaccination et sécuriser le parcours de prévention.
Dans une région comme la Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le vieillissement de la population, le diabète et les maladies chroniques représentent des enjeux majeurs de santé publique, cette proximité constitue un levier essentiel pour renforcer la prévention et réduire les complications infectieuses chez les patients atteints de maladies chroniques du foie
