Universitarisation de la formation infirmière : ce qui change à la rentrée 2026

À compter de septembre 2026, une nouvelle formation infirmière entre en vigueur. Issue de l’arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier, cette réforme marque une nouvelle étape dans l’universitarisation de la profession. Elle fait évoluer en profondeur le contenu de la formation, les modalités d’apprentissage et la place accordée au raisonnement clinique, à la prévention, à la coordination et à la recherche pour adapter la formation aux évolutions du système de santé et des missions infirmières, ainsi que les nouvelles compétences reconnues par la loi de 2025, telles que la consultation infirmière et certaines capacités de prescriptions.

Pour les infirmiers libéraux, cette évolution n’est pas seulement pédagogique : elle aura des conséquences très concrètes sur les compétences des futurs infirmiers, l’accueil des étudiants en cabinet et l’évolution de l’exercice professionnel.

Au delà de cette évolution, votre URPS est pleinement engagée, pour l’avenir de notre profession, dans les travaux régionaux pour faire émerger des solutions concrètes en faveur de l’attractivité et du maintien en activité des infirmiers.

Le nouveau dispositif confirme le rapprochement entre les IFSI et l’université.

La formation infirmière s’articule entre sciences infirmières, pratique clinique, données probantes, recherche et développement des compétences professionnelles.

Le nouveau référentiel s’applique aux étudiants entrant en formation à compter de septembre 2026.

Les étudiants ayant commencé leur cursus avant cette date restent soumis à l’ancien programme issu de l’arrêté du 31 juillet 2009, avec des dispositions transitoires notamment pour les situations de redoublement, de césure ou de reprise d’études.

Une formation davantage centrée sur le raisonnement clinique et l'autonomie ...

L’un des changements majeurs réside dans la structuration du nouveau référentiel autour de cinq domaines d’enseignement :

Domaine A – Sciences infirmières et raisonnement clinique 👉 l’étudiant apprend à analyser une situation, recueillir et interpréter les données et construire un raisonnement clinique permettant d’identifier les interventions adaptées.

Domaine B – Pratiques cliniques infirmières, qualité et gestion des risques 👉 l’étudiant comprend la réalisation et l’évaluation des soins, mais également la qualité, la sécurité des soins et la gestion des risques.

Domaine C – Prévention et promotion de la santé 👉 la prévention, l’éducation à la santé, la santé publique, la santé environnementale et la promotion de la santé occupent une place importante.

Domaine D – Communication, travail en équipe et leadership 👉 le futur infirmier est formé à la communication, à la coordination des soins, au travail pluriprofessionnel et au développement d’une capacité de leadership.

Domaine E – Démarche scientifique, initiation à la recherche et méthodologie 👉 l’utilisation des données probantes, l’analyse de la littérature scientifique et la contribution à l’amélioration des pratiques font désormais partie intégrante du cursus.

Cette évolution est particulièrement cohérente avec la réalité de l’exercice libéral, dans lequel l’infirmier doit aujourd’hui évaluer une situation, prendre des décisions, coordonner les interventions, prévenir les complications, accompagner le patient et travailler avec de nombreux professionnels.

... le cabinet libéral devient un terrain d'apprentissage à part entière

Le nouveau texte reconnaît explicitement les stages extrahospitaliers, parmi lesquels les stages en cabinet libéral, en maison de santé pluriprofessionnelle, en centre de santé, mais aussi dans différents secteurs médico-sociaux et de prévention.

Cette place donnée aux terrains extrahospitaliers représente une opportunité importante pour la profession.

Le cabinet permet en effet à l’étudiant d’observer des situations qui sont difficilement reproductibles à l’hôpital :

  • prise en charge globale d’une personne à son domicile ;
  • suivi de patients chroniques ;
  • prévention et dépistage ;
  • éducation du patient et de son entourage ;
  • accompagnement des personnes âgées ou en perte d’autonomie ;
  • coordination avec le médecin traitant et les autres professionnels ;
  • organisation autonome d’une tournée ;
  • gestion des priorités ;
  • continuité des soins ;
  • relation de proximité avec le patient et son environnement.

Le stage libéral devient ainsi un véritable outil de transmission de la culture professionnelle infirmière.

Accueillir un étudiant infirmier : rôle et responsabilité de l'infirmier libéral

Chaque étudiant bénéficie d’un tuteur de stage, titulaire du diplôme d’État d’infirmier, désigné par le responsable de la structure d’accueil ou le maître de stage. Le tuteur participe à l’évaluation de la progression de l’étudiant et de l’acquisition de ses compétences.

Le nouveau référentiel prévoit par ailleurs explicitement l’accompagnement des étudiants et le développement de leurs compétences professionnelles. Pour l’IDEL qui accueille un étudiant, cela signifie donc que le rôle ne se limite pas à lui faire découvrir le quotidien d’une tournée.

Il s’agit progressivement de : observer → expliquer → faire participer → faire réfléchir → évaluer → transmettre.

Le nouveau référentiel prévoit une présence moyenne de 35 heures par semaine en stage, dont cinq heures consacrées à l’appropriation des connaissances dans une démarche réflexive sur le lieu de stage.

Pour les cabinets libéraux, cette organisation devra être anticipée. L’accueil d’un étudiant suppose en effet de tenir compte :

  • du planning de tournée ;
  • du nombre de patients pris en charge ;
  • des temps de déplacement ;
  • des temps d’explication et de débriefing ;
  • de la progression de l’étudiant ;
  • des compétences à valider ;
  • des contraintes liées au secret professionnel et au consentement du patient.

L’étudiant ne doit pas être considéré comme un simple « observateur » ou comme un renfort de personnel : le stage est une période de formation à part entière. L’étudiant est donc en stage pour apprendre, progressivement participer et développer ses compétences, et non pour remplacer un professionnel par conséquent les actes doivent être réalisés sous la surveillance et la responsabilité de l’infirmier tuteur du stagiaire.

 

Les démarches

En synthèse ce qui change sur le contenu de la formation

Le nouveau dispositif prévoit que les terrains de stage soient agréés par une commission dédiée aux stages au niveau du groupement. (Région / université / IFSI) : 

👉 Les démarches, concrètement

1. Contacter un IFSI

2. Faire agréer votre cabinet comme terrain de stage 

Le dossier d’agrément doit notamment présenter :

  • les compétences professionnelles mises en œuvre dans votre activité ;
  • les types de patients accompagnés ;
  • les activités et prises en soins réalisées ;
  • les activités que vous pouvez proposer selon le niveau de l’étudiant ;
  • les modalités d’encadrement ;
  • le tuteur de stage ;
  • l’organisation des 5 heures hebdomadaires d’appropriation des connaissances sur le lieu de stage ;
  • le nombre d’étudiants pouvant être accueillis ;
  • les outils disponibles : livret d’accueil, charte, convention, etc.

Pour une première demande, une visite sur site est prévue par un binôme composé d’un directeur d’IFSI et d’un référent pédagogique. La commission peut ensuite accorder un agrément sans réserve pour 5 ans, un agrément conditionnel d’un an, ou refuser l’agrément.

3. Désigner le tuteur

Le tuteur de stage accompagne pédagogiquement l’étudiant, suit sa progression et contribue à renseigner son portfolio.

Dans un cabinet libéral où plusieurs IDEL interviennent, il est donc pertinent de définir clairement qui assure le tutorat.

4. Signer la convention de stage

Une fois le terrain agréé et lorsqu’un étudiant vous est affecté, la convention de stage est établie selon le circuit prévu par le groupement/IFSI. 

5. Préparer l’accueil pédagogique

Le stage ne consiste pas uniquement à faire suivre vos tournées à l’étudiant. Le référentiel prévoit une progression des apprentissages et une évaluation des compétences.

À chaque période, la progression de l’étudiant est appréciée à partir du référentiel de compétences ; en fin de stage, les responsables de l’encadrement proposent la validation totale ou partielle des compétences, en tenant compte du niveau de formation et de la progression de l’étudiant. Le cabinet libéral est particulièrement intéressant pour travailler des compétences qui sont très présentes dans l’exercice quotidien : raisonnement clinique, organisation des soins, coordination, continuité des soins, éducation/prévention, autonomie et gestion d’une activité libérale.

Le référentiel 2026 comporte notamment la compétence 8 : « Gérer ou organiser une structure d’exercice individuel ou collectif en optimisant les ressources », ainsi que la compétence 9 sur l’organisation et la coordination des soins.

Info en plus :

Le référentiel prévoit une indemnité de stage versée à l’étudiant : 36 €/semaine en 1re année, 46 €/semaine en 2e année et 60 €/semaine en 3e année, sur la base de 35 h/semaine. Cette indemnité est versée par l’IFSI, de même que les éventuels frais de transports.

Le référentiel ne prévoit aucune rémunération du tuteur pour l’accueil, l’encadrement et la formation des étudiants en cabinet libéral, alors même que l’attractivité et le renouvellement de la profession sont des enjeux majeurs. 

▶️Vidéo du ministère de la santé 

Evolution de la formation infirmière

Référentiel 2009

Référentiel 2026

Compétences

10 compétences

13 compétences réparties en 5 domaines

Volume horaire

4 200 h

4 620 h

Formation clinique

2 100 h

– 60 semaines

2 310 h

 – 66 semaines

Stages en psychiatrie et santé de l’enfant

Pas de durée minimale imposée par discipline

Stages obligatoires : au moins 5 semaines en psychiatrie et 5 semaines en santé de l’enfant

Délivrance du diplôme d’État

Préfet de région

Université accréditée à partir de 2027/2028

Prescription infirmière

Périmètre réglementaire plus limité

Compétences prescriptives renforcées : certains produits de santé et examens complémentaires, renouvellement et adaptation de certaines prescriptions médicales, dans les conditions réglementaires

Personnalisation du parcours

Pas de cadre de consolidation formalisé

Cadre de consolidation de 38 ECTS permettant la personnalisation du parcours et l’approfondissement de certaines compétences, notamment à partir du semestre 4

Stages extrahospitaliers et exercice libéral

Stage possible en secteur extrahospitalier

Place renforcée des terrains extrahospitaliers : l’exercice libéral constitue un terrain de formation permettant à l’étudiant de développer son autonomie, son raisonnement clinique, la coordination et la prise en charge à domicile

Rôle des infirmiers dans la formation

Encadrement des étudiants en stage

Participation renforcée des professionnels à l’accompagnement, au tutorat et à l’évaluation des étudiants

Évolution

Avant – référentiel 2009

Après – référentiel 2026

Consultation infirmière

 

Présente dans certaines pratiques mais non structurée comme compétence centrale du référentiel

Consultation infirmière explicitement intégrée : entretien, examen clinique, jugement clinique, projet de soins et prescription infirmière dans le champ réglementaire

Prescription infirmière

Périmètre réglementaire limité et enseignement principalement ciblé sur certains champs

Compétence prescriptive formalisée : prescriptions initiales, renouvellements et adaptations dans le champ de compétences et selon les conditions réglementaires

Organisation et coordination des soins

Compétences présentes mais moins structurées autour du leadership

Coordination, organisation des soins, travail en équipe et leadership explicitement intégrés

Accompagnement des pairs et des apprenants

Présent dans la pratique et l’encadrement des étudiants

Compétence explicitement consacrée à l’accompagnement des pairs, apprenants et autres professionnels

Prévention et santé publique

Enseignements répartis dans plusieurs UE

Domaine C dédié : promotion de la santé, ETP, santé communautaire et populationnelle, santé environnementale et pratiques écoresponsables

Numérique en santé

Socle numérique progressivement intégré dans la formation

UE D.4 dédiée : données de santé, IA, cybersécurité, outils numériques et télésanté – 2 ECTS

Données probantes et recherche

Approche présente mais moins structurée

Domaine E dédié : recherche, analyse critique, Evidence-Based Nursing et utilisation des données probantes

Leadership

Non identifié comme domaine spécifique

Domaine D : communication, travail en équipe et leadership

Partager sur :