Alors que le maintien à domicile est devenu le pilier de notre système de santé, celles et ceux qui en sont les garants, les infirmières et infirmiers libéraux, font face à une précarité opérationnelle grandissante. Entre l’explosion des coûts de déplacement et l’hostilité urbaine, la vocation s’épuise.
L’hémorragie financière du passage à la pompe
Le premier frein à l’exercice libéral est aujourd’hui le coût du carburant. L’évolution du prix du carburant a en effet un impact direct sur les frais professionnels, tandis que les indemnités forfaitaires de déplacement (IFD) évoluent plus lentement.
Ce décalage peut influencer l’équilibre économique de l’activité, en particulier pour les tournées les plus étendues, obligeant les professionnels à réorganiser leur tournée ou leur charge de travail alors que la profession est déjà marquée par des facteurs de risques pyscho sociaux élevés impactant la charge mentale.
Pour une IDEL, la voiture n’est donc pas un luxe, c’est un outil de travail indispensable,
Le casse-tête du stationnement : Entre PV et chronomètre
Pour l’infirmier libéral se déplaçant en voiture, trouver une place de parking relève du miracle quotidien en zone urbaine mais pas seulement ; le temps consacré à la recherche d’une place peut allonger la durée des tournées. Les infirmiers libéraux perdent donc un temps précieux (parfois plus de 15 minutes par patient) à chercher où se garer.
Par ailleurs, les coûts de stationnement peuvent s’ajouter aux charges professionnelles, notamment lorsque les modalités tarifaires ne sont pas adaptées à des arrêts fréquents et de courte durée (jusqu’à 40 arrêts par jour). En effet, dans de nombreuses municipalités, les tarifs résidents ou professionnels ne sont pas adaptés à la fréquence des rotations.
Dans certains cas, les professionnels peuvent être exposés à des sanctions en raison de conditions de stationnement contraintes car certains peuvent se résigner à se garer en « double file » ou sur des emplacements non autorisés, s’exposant à des Forfaits de Post-Stationnement (FPS).
C’est alors un paradoxe pour le soignant qui vient prodiguer un soin.
Un manque de considération institutionnelle
Les politiques de mobilité urbaine, telles que les zones à faibles émissions (ZFE), modifient progressivement les conditions de circulation. Ces évolutions impactent fortement la profession infirmière libérale et impliquent des adaptations, notamment en ce qui concerne le renouvellement des véhicules ou l’organisation des déplacements.
Certains dispositifs spécifiques aux soignants existent localement, mais leur accessibilité et leur homogénéité peuvent varier selon les territoires ; les politiques de mobilités restent insuffisantes dans la prise en considération de la spécificité du soins au domicile au détriment de la politique de « l’aller vers » voulue par les autorités de santé.
Quelles pistes d’amélioration pour favoriser le soin à domicile ?
- Adaptation des conditions de stationnement
Mise en place de dispositifs permettant un stationnement simplifié et gratuit ou à tarif réduit lors des tournées de soins, sur le modèle de certaines villes pilotes avec un caducée spécifique. - Révision des indemnités de déplacement
Ajustement des remboursements afin de mieux refléter les coûts réels supportés par les professionnels comme l’indexation des indemnités sur les évolutions du prix des carburants. - Optimisation des conditions de circulation
Étude de solutions facilitant les déplacements, notamment pour les interventions nécessitant une grande réactivité. Les infirmiers libéraux pourraient être autorisés à emprunter les voies de bus pour fluidifier les tournées et garantir la ponctualité des soins complexes (insulinothérapies, pansements lourds). - Accompagnement des évolutions de mobilité
Développement d’aides pour l’acquisition de véhicules ou de modes de transport adaptés aux contraintes de l’activité : des subventions spécifiques pour l’achat de véhicules électriques ou de vélos-cargos adaptés pourraient être proposées
