Grâce aux progrès des traitements antirétroviraux, les personnes vivant avec le VIH vivent aujourd’hui plus longtemps. Le vieillissement avec le VIH constitue ainsi un enjeu croissant de santé publique : le suivi ne se limite plus au contrôle de l’infection, mais doit également intégrer les comorbidités, la prévention, la santé mentale, l’autonomie et les conditions de vie.
L’étude « Vieillir avec le VIH », réalisée en 2023 et coordonnée par MoiPatient avec la participation de 14 associations, apporte un éclairage sur les besoins et les difficultés rencontrés par les personnes vivant avec le VIH âgées de plus de 50 ans et par les professionnels qui les accompagnent.
Une prise en charge qui devient plus globale
L’étude montre que le vieillissement avec le VIH ne peut être appréhendé sous le seul angle médical.
Les réponses recueillies mettent notamment en évidence des difficultés financières d’accès aux soins, des situations d’isolement, des préoccupations concernant le logement et la retraite ainsi que les conséquences persistantes des discriminations liées à la séropositivité.
Sur le plan de la qualité de vie, près de 60 % des personnes interrogées décrivent une vie sociale peu ou moyennement épanouie et 32,8 % évaluent leur état de santé psychologique comme mauvais ou plutôt mauvais. Un quart déclarent par ailleurs ne disposer de personne sur qui compter en cas d’hospitalisation.
Ces résultats soulignent l’importance d’une approche globale du vieillissement, prenant en compte à la fois la santé, l’autonomie, la vie sociale et les conditions de vie.
Des besoins importants en matière de coordination
L’étude met également en évidence les difficultés rencontrées par les professionnels.
Plus d’un tiers des professionnels interrogés déclarent ne pas disposer d’un réseau suffisamment important pour orienter leurs patients vers les spécialistes nécessaires. Les professionnels soulignent également des besoins en matière de prévention des comorbidités et de coordination entre les différents acteurs, notamment entre la médecine de ville et l’hôpital.
Ces constats font directement écho au rôle des infirmiers libéraux.
Au domicile, l’IDEL peut être amené à intervenir auprès d’une personne vivant avec le VIH dans le cadre de soins chroniques, de traitements, de surveillance, de prévention ou d’un accompagnement lié à une perte d’autonomie.
Cette présence régulière permet également de repérer des éléments qui ne sont pas toujours visibles lors d’une consultation : isolement, difficultés d’accès aux soins, fragilité, perte d’autonomie, difficultés sociales, santé mentale ou rupture dans le parcours de soins.
L’étude « Vieillir avec le VIH » met en effet en évidence une réalité qui dépasse la seule question du traitement : avec l’avancée en âge, les personnes vivant avec le VIH peuvent être confrontées à des problématiques multiples nécessitant une prise en charge coordonnée.
Les données disponibles en 2026 confirment par ailleurs que le vieillissement des personnes vivant avec le VIH devient un enjeu croissant, avec une augmentation de la prévalence des problématiques liées aux comorbidités, à la santé mentale, à la fragilité et à l’autonomie.
2026, de nouvelles compétences qui renforcent le rôle préventif de l'IDEL
Depuis juin 2026, le champ de compétences des infirmiers s’est notamment élargi en matière de prescription de certains produits de santé et examens complémentaires, ainsi que dans plusieurs domaines de prévention.
Ces évolutions renforcent la capacité des infirmiers à intervenir en amont, dans une logique de prévention et de suivi, tout en restant dans le cadre de leurs compétences et des recommandations en vigueur.
Il ne s’agit pas de nouvelles compétences spécifiques au VIH. Leur intérêt, pour les personnes vivant avec le VIH, réside dans leur capacité à répondre à certains enjeux de santé associés au vieillissement : prévention vaccinale, prévention des facteurs de risque, repérage de fragilités ou encore orientation vers les professionnels adaptés.
Pour l’IDEL : prévenir, repérer et coordonner
Dans le parcours d’une personne vieillissant avec le VIH, l’infirmier libéral peut ainsi contribuer à :
- repérer les situations de fragilité, d’isolement ou de perte d’autonomie ;
- identifier les facteurs susceptibles de compromettre l’accès ou le recours aux soins ;
- participer à la prévention, notamment dans le cadre des nouvelles possibilités de prescription prévues par la réglementation ;
- être attentif aux problématiques liées au vieillissement : comorbidités, santé mentale, nutrition, mobilité ou risque de perte d’autonomie ;
- orienter vers le médecin traitant, les spécialistes, les structures hospitalières ou les autres professionnels et dispositifs adaptés ;
- favoriser la coordination entre les différents acteurs intervenant auprès du patient ;
- accompagner le patient dans son parcours de santé, dans le respect du secret professionnel et de la confidentialité de son statut sérologique.
Les nouvelles possibilités de prescription constituent un levier supplémentaire au service de la prévention et de la coordination, lorsque leur mise en œuvre relève du champ de compétences infirmier.
Les infirmiers libéraux doivent être pleinement associés à cette évolution
La prévention fait déjà partie de leur exercice : éducation à la santé, accompagnement des patients chroniques, vaccination, dépistage, repérage des fragilités, prévention des complications, accompagnement de l’autonomie ou encore orientation vers les ressources du territoire.
Mais la reconnaissance du rôle des IDEL dans la prévention doit désormais dépasser la seule reconnaissance de principe.
Si la prévention devient une priorité stratégique, les professionnels qui la mettent en œuvre doivent pouvoir être identifiés, formés, coordonnés et rémunérés pour ces interventions.
L’expérimentation « Équilibres » illustre d’ailleurs cette évolution : conduite notamment avec des infirmiers libéraux, elle a mis en avant une organisation fondée sur la prévention, la coordination des parcours et l’accompagnement global des patients. L’avenant n°11 à la convention nationale des infirmiers libéraux prévoit désormais les premières étapes de sa généralisation
Du soin à la santé : un changement de paradigme
Notre système de santé reste largement organisé autour de la prise en charge de la maladie. Or, répondre au vieillissement de la population, à l’augmentation des maladies chroniques et aux inégalités de santé nécessite d’agir davantage avant la complication et avant l’hospitalisation.
Cela implique de rapprocher prévention, soins et accompagnement.
Pour l’infirmier libéral, cela signifie pouvoir devenir encore davantage un acteur du repérage, de l’orientation et de l’accompagnement préventif au domicile.
Mais cette évolution doit être organisée. Elle suppose :
- une stratégie nationale claire
- une gouvernance réellement interministérielle
- une déclinaison territoriale
- une meilleure articulation entre sanitaire, médico-social et social
- une association réelle des professionnels de proximité
- des indicateurs permettant d’évaluer les résultats
- et des modalités de financement adaptées.
Pour les infirmiers libéraux, c’est une évolution majeure : leur proximité avec la population leur donne une place particulière dans cette politique de santé. Le virage préventif ne pourra pas se faire sans les professionnels de proximité.
Et si la prévention devient une véritable priorité publique, elle devra aussi devenir une activité reconnue, évaluée et valorisée.
