Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme. En 2026, son traitement repose de plus en plus sur une approche personnalisée, adaptée aux caractéristiques biologiques de la tumeur, à son stade, au profil de la patiente et à ses préférences.
Cette évolution ne concerne pas uniquement les traitements anticancéreux. Elle touche également la radiothérapie, les soins de support, l’activité physique adaptée, la reconstruction après mastectomie et l’organisation du parcours après les traitements.
Pour les infirmiers libéraux, qui interviennent fréquemment au domicile pendant et après les traitements, ces évolutions renforcent leur rôle dans la surveillance, la prévention des complications, l’accompagnement et la coordination avec les équipes hospitalières.
Dépistage organisé : le rôle essentiel du double regard radiologique
Avant même l’évolution des traitements, le dépistage reste un enjeu majeur pour améliorer le pronostic du cancer du sein. En France, le dépistage organisé du cancer du sein s’adresse aux femmes âgées de 50 à 74 ans, sans symptôme ni facteur de risque particulier, qui sont invitées tous les deux ans à réaliser une mammographie et un examen clinique des seins. L’examen est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais.
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le dispositif est coordonné par le DCRC Sud-PACA, qui contribue à la mise en œuvre et au suivi du programme de dépistage organisé dans la région. Pour les femmes concernées, le choix doit porter sur un radiologue agréé pour le dépistage organisé.
Une particularité importante : la double lecture des mammographies : la mammographie réalisée dans le cadre du dépistage organisé bénéficie d’une seconde lecture systématique lorsque la première lecture ne met pas en évidence d’anomalie nécessitant immédiatement des examens complémentaires.
Concrètement, le premier radiologue réalise la mammographie et l’examen clinique. Si les clichés sont considérés comme normaux, les images sont transmises pour une seconde lecture par un autre radiologue spécialement habilité. Cette organisation constitue une garantie supplémentaire de qualité du programme. Les radiologues assurant la première lecture doivent notamment justifier d’au moins 500 mammographies lues par an, tandis que les radiologues participant à la seconde lecture doivent en lire au moins 1 500 par an.
Cette seconde lecture n’est pas simplement une vérification administrative : elle permet de détecter des cancers qui n’avaient pas été identifiés lors de la première lecture. Selon l’Assurance Maladie, environ 6 % des cancers dépistés dans le cadre du programme sont détectés grâce à cette seconde lecture.
Lorsque le premier lecteur identifie une anomalie, il engage directement les investigations nécessaires, par exemple des clichés complémentaires ou une échographie. Dans ce cas, la mammographie ne suit pas le circuit de seconde lecture comme une mammographie jugée normale : la priorité est donnée à la réalisation du bilan diagnostique et à l’orientation de la patiente.
Les résultats définitifs de la mammographie réalisée dans le cadre du dépistage organisé sont ensuite transmis à la patiente, accompagnés des clichés, et peuvent être communiqués au médecin traitant ou au gynécologue.
À domicile, l’infirmier peut jouer un rôle essentiel pour informer, rassurer et favoriser l’accès au dépistage, notamment auprès des patientes qui éloignent ou reportent leur mammographie.
Il peut rappeler que le dépistage organisé offre un parcours encadré, avec une mammographie réalisée par un radiologue agréé et une double lecture systématique des mammographies considérées comme normales. Il peut également inviter les patientes à ne pas attendre la prochaine invitation en cas de modification inhabituelle du sein : le dépistage organisé concerne les femmes asymptomatiques ; l’apparition d’un signe clinique doit conduire à consulter sans attendre la prochaine campagne de dépistage.
Une prise en charge de plus en plus personnalisée
Le traitement du cancer du sein est déterminé au sein d’une équipe pluridisciplinaire, notamment à partir du type histologique de la tumeur, de la présence de récepteurs hormonaux, du statut HER2, de la taille de la tumeur, de l’atteinte ganglionnaire et de l’existence éventuelle de métastases.
La réunion de concertation pluridisciplinaire permet d’établir une stratégie thérapeutique individualisée, présentée ensuite à la patiente dans le cadre du programme personnalisé de soins.
Cette personnalisation conduit notamment à utiliser davantage des traitements ciblés sur les caractéristiques biologiques de la tumeur. Les thérapies ciblées et les hormonothérapies occupent ainsi une place importante dans certaines formes de cancers du sein, en particulier dans les cancers exprimant des récepteurs hormonaux ou HER2.
En 2026, la HAS a notamment publié plusieurs décisions concernant l’utilisation de médicaments dans le cancer du sein. À titre d’exemple, le ribociclib (KISQALI) dispose d’indications dans certaines formes de cancer du sein RH+/HER2- localement avancé ou métastatique, en association avec une hormonothérapie.
Pour l’infirmier libéral : ces traitements impliquent une vigilance particulière sur l’observance, les effets indésirables, l’état général de la patiente et la coordination avec l’équipe spécialisée.
La désescalade thérapeutique : traiter efficacement tout en réduisant les contraintes
Une évolution importante concerne les cancers du sein diagnostiqués précocement et présentant un faible risque de récidive.
L’objectif n’est plus seulement de traiter davantage, mais également de rechercher, lorsque les données scientifiques le permettent, le traitement le moins lourd permettant de conserver un niveau de contrôle de la maladie jugé acceptable.
La radiothérapie illustre particulièrement cette évolution.
L’hypofractionnement permet déjà de réduire le nombre de séances de radiothérapie chez certaines patientes. Les recommandations citées par la HAS indiquent notamment que plusieurs schémas modérément hypofractionnés peuvent être utilisés chez certaines patientes présentant un cancer du sein précoce à faible risque.
D’autres stratégies continuent cependant à être évaluées : irradiation partielle du sein, hypofractionnement plus important ou encore omission de la radiothérapie chez certaines patientes très sélectionnées.
L’Institut national du cancer a ainsi identifié la désescalade thérapeutique comme une priorité stratégique de certains programmes de recherche clinique avec l’objectif de diminuer les séquelles et d’améliorer la qualité de vie des personnes. dans le cadre de la feuille de route 2021-2030
La radiothérapie peropératoire : une nouvelle étape en 2026
La radiothérapie peropératoire par photons X consiste à délivrer une irradiation directement au niveau du lit tumoral au cours de la tumorectomie.
La HAS a publié en juillet 2026 son évaluation de cette technique chez des patientes présentant un cancer du sein précoce à faible risque de récidive. Elle s’inscrit dans une logique de réduction de la durée et des contraintes du traitement.
Cette évolution doit toutefois être distinguée d’une généralisation de la technique : son utilisation et ses indications doivent rester encadrées par les recommandations et les conditions de prise en charge en vigueur.
Le parcours de soins ne s'arrête plus à la fin des traitements
L’une des évolutions importantes de 2026 concerne la prise en compte de l’après-cancer.
Le décret n° 2026-90 du 13 février 2026 précise les modalités du parcours de soins global pour les personnes recevant ou ayant reçu un traitement pour un cancer.
Ce parcours vise à mieux prendre en compte les conséquences physiques, psychologiques et sociales de la maladie et de ses traitements.
La loi du 5 février 2025 avait notamment élargi le dispositif afin de permettre son bénéfice aux personnes encore en cours de traitement, et non plus uniquement après la fin des traitements actifs.
Cette évolution traduit un changement de perspective : la prise en charge du cancer ne se limite plus à la destruction de la tumeur. Elle intègre également la récupération, la prévention des séquelles et le retour à une vie quotidienne aussi satisfaisante que possible.
Une expérimentation majeure en 2026 : l'activité physique adaptée
L’activité physique adaptée prend une place croissante dans l’accompagnement des personnes atteintes de cancer.
En 2026, une expérimentation nationale permet d’intégrer un programme d’activité physique adaptée au parcours de soins global des personnes recevant ou ayant reçu un traitement pour un cancer.
Cette expérimentation est prévue pour deux ans et concerne notamment la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, aux côtés de la Bretagne et de la Nouvelle-Aquitaine.
Le programme peut comprendre jusqu’à 12 séances collectives sur trois mois, renouvelables une fois, ainsi qu’un bilan final. Son financement relève du Fonds d’intervention régional dans le cadre du renforcement des soins de support en oncologie.
Cette expérimentation est particulièrement intéressante pour les professionnels intervenant au domicile : elle renforce la nécessité d’une approche coordonnée entre médecin prescripteur, professionnels de santé, structures de coordination et professionnels de l’activité physique adaptée.
Prévenir plutôt que réparer : l'expérimentation « Interception »
Autre évolution importante : intervenir avant l’apparition du cancer chez les personnes présentant un risque élevé.
L’expérimentation « Interception : parcours de prévention des cancers chez les personnes à haut risque » a été autorisée en 2026 pour une durée de quatre ans.
L’objectif est de construire des parcours de prévention personnalisés pour les personnes identifiées comme présentant un risque élevé de cancer.
Cette approche est particulièrement importante dans le cancer du sein pour les femmes présentant certains facteurs de risque génétiques ou familiaux.
Elle illustre une évolution plus large de la cancérologie : passer d’une logique centrée exclusivement sur le traitement à une approche intégrant davantage prévention, réduction des facteurs de risque, surveillance et accompagnement personnalisé.
Quel rôle pour l'infirmier libéral ?
L’innovation dans le cancer du sein ne se résume pas à l’arrivée de nouveaux médicaments.
Elle concerne l’ensemble du parcours : diagnostiquer plus tôt → personnaliser davantage → traiter au plus juste → réduire les contraintes → développer les soins de support → accompagner l’après-cancer → prévenir les récidives et les nouveaux cancers.
Pour les infirmiers libéraux, cette évolution signifie une place toujours plus importante dans un parcours qui se déploie entre l’hôpital, la ville et le domicile.
La qualité de la coordination entre ces différents acteurs devient ainsi un élément essentiel de la continuité et de la qualité des soins.
Ces évolutions renforcent la place de l’infirmier libéral dans le parcours de la patiente atteinte d’un cancer du sein. À domicile, l’IDEL peut notamment contribuer à :
- surveiller l’état clinique et les effets indésirables des traitements ;
- repérer précocement une complication ou une dégradation de l’état général ;
- accompagner la gestion des symptômes et des soins liés aux traitements ;
- favoriser l’observance et la compréhension du parcours thérapeutique ;
- assurer les soins post-opératoires lorsque ceux-ci sont nécessaires ;
- contribuer à la prévention de certaines complications, notamment lymphatiques ;
- repérer la fatigue, la perte d’autonomie, l’isolement ou les difficultés psychologiques ;
- orienter vers les professionnels et dispositifs de soins de support adaptés ;
- participer à la coordination avec le médecin traitant, l’équipe hospitalière et les autres intervenants ;
- accompagner la patiente dans la période de l’après-cancer
