Le cadmium est un métal lourd toxique, naturellement présent dans l’environnement mais dont la concentration a fortement augmenté du fait des activités humaines, notamment agricoles et industrielles.
Aujourd’hui, l’exposition concerne l’ensemble de la population française, principalement via l’alimentation (céréales, pommes de terre, légumes). Les sources d’exposition au cadmium sont également professionnelles pour les personnes exposées (aux travaux de fabrication de batteries; de pigments, de pièces métalliques …) et liées à la consommation de tabac.
Les autorités sanitaires alertent sur une situation préoccupante : une part importante de la population présente des niveaux d’exposition élevés, faisant du cadmium un enjeu majeur de santé environnementale.
L’alimentation constitue la principale source d’exposition pour la population générale en raison de la pollution des sols. Des produits de consommation courante tels que le pain, les pommes de terre, les légumes ou encore certains produits céréaliers contribuent de manière significative à l’exposition globale. Cette caractéristique rend la prévention particulièrement complexe, dans la mesure où elle concerne des aliments de base du régime alimentaire quotidien.
Le GISSOL qui étudie la qualité des sols en France pour les ministères concernés, a publié une cartographie sur des données 2019 de la pollution au cadmium
Le tabagisme apparaît comme un facteur aggravant majeur. Les fumeurs présentent des niveaux de cadmium nettement plus élevés que les non-fumeurs, du fait de l’inhalation directe de ce métal présent dans la fumée de cigarette. Chez certains adultes, cette source peut représenter une part importante de l’exposition totale.
Au-delà de ces facteurs principaux, d’autres sources, telles que les poussières domestiques, les sols ou encore certaines particules présentes dans l’air, contribuent également, dans une moindre mesure, à l’imprégnation globale.
Cette multiplicité des voies d’exposition souligne la complexité du phénomène et la nécessité d’une approche globale.
Le cadmium est classé comme cancérogène certain pour l’homme, mais ses effets dépassent largement le risque oncologique.
La particularité du cadmium réside dans sa capacité à s’accumuler durablement dans l’organisme (reins, foie, os) , avec une élimination très lente pouvant s’étendre sur plusieurs décennies ce qui explique l’apparition tardive des pathologies. Cette accumulation progressive expose en effet les individus à des effets délétères à long terme, même à faibles doses répétées :
- Atteintes rénales (premier organe cible)
- Fragilité osseuse et ostéoporose
- Troubles de la reproduction et du développement fœtal
- Augmentation du risque de cancers, notamment pulmonaires
👉 À noter : des données récentes suggèrent également des liens avec les maladies cardiovasculaires et certains cancers (pancréas notamment).
Certains patients doivent attirer particulièrement l’attention des infirmiers libéraux :
- Enfants (absorption plus importante)
- Femmes (notamment carences en fer favorisant l’absorption)
- Personnes vivant sur des sols pollués
- Consommateurs de produits issus de jardins contaminés
- Fumeurs (source supplémentaire d’exposition)
La HAS a publié des recommandations structurées pour identifier précocement les surexpositions, notamment chez les populations vivant sur des sols contaminés.
– Test de référence
👉 Dosage du cadmium urinaire (cadmiurie)
C’est l’examen clé pour évaluer l’imprégnation chronique.
- Valeur élevée = accumulation dans l’organisme
- Seuil critique : > 1 µg/g de créatinine → risque d’effets sanitaires
– Conduite à tenir
En cas de dépassement :
- Bilan rénal (prioritaire)
- Évaluation osseuse (sujets à risque)
- Recherche de carences (fer, calcium, zinc)
- Suivi renforcé (1 à 2 fois/an)
👉 La HAS insiste sur :
- le dépistage ciblé des populations à risque
- la détection précoce des effets sanitaires
- la mise en place d’un suivi coordonné
> le remboursement par l’Assurance Maladie du dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoires de ville des personnes les plus exposées est prévu et entrera en vigueur après publication d’un arrêté publié au Journal officiel.
L’Anses confirme une surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation. C’est ce qu’elle conclut dans une nouvelle expertise dans laquelle elle a évalué l’ensemble des sources et voies d’exposition à ce métal tout au long de la vie
Ce rapport met en évidence l’évolution de la situation en France :
- 47,6 % des adultes dépassent le seuil critique urinaire (cadmiurie)
- Exposition en hausse depuis 2006
- Surexposition importante chez :
- enfants (jusqu’à 36 % < 3 ans dans études antérieures),
- femmes (impact ostéoporose important)
Selon l’Anses, 0,6 % des adultes et 15 % des enfants de 3 à 17 ans (36 % des moins de 3 ans) ont des expositions alimentaires au cadmium dépassant la dose journalière tolérable.
✔ Le cadmium est un polluant ubiquitaire et cumulatif
✔ Les effets sont silencieux mais graves à long terme
✔ Le dosage urinaire est l’outil central de dépistage
✔ Les IDEL jouent un rôle essentiel dans :
- la prévention
- le repérage
- le suivi des patients exposés
