La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur se dote d’une nouvelle feuille de route vaccination pour la période 2026-2030. Portée par l’ARS PACA et l’Assurance Maladie, elle vise à renforcer la couverture vaccinale, réduire les inégalités d’accès et faire de chaque contact avec un professionnel de santé une occasion de vérifier et, lorsque cela est possible, de mettre à jour la protection vaccinale.
Pour les infirmiers libéraux, acteurs de proximité au contact quotidien des patients à domicile, plusieurs orientations sont particulièrement importantes.
Une stratégie régionale qui mise sur la proximité
La nouvelle feuille de route repose sur une organisation à trois niveaux :
🥇 un pilotage régional,
🥈 une déclinaison départementale
🥉 et une coordination au plus près des territoires.
Les CPTS sont notamment identifiées comme des espaces privilégiés pour organiser la coordination entre professionnels et intégrer la vaccination dans les actions territoriales. Les centres de vaccination doivent également évoluer vers un rôle renforcé de centres ressources, capables d’apporter un appui technique aux professionnels, notamment pour les situations complexes, les rattrapages vaccinaux ou les situations d’hésitation. Pour les infirmiers libéraux, cette organisation peut renforcer les possibilités d’échanges avec les autres professionnels et les structures ressources du territoire.
⏺️ L’une des orientations fortes de la feuille de route consiste à développer une stratégie dite « chaque opportunité compte » 👉 l’objectif est de profiter des différents contacts avec le système de santé pour vérifier le statut vaccinal et éviter les occasions manquées : consultation, hospitalisation, accompagnement médico-social, prévention, suivi à domicile ou encore admission dans certaines structures.
Lors d’une prise en charge à domicile, l’infirmier peut en effet être un interlocuteur privilégié pour identifier une situation vaccinale nécessitant une vérification, informer le patient et l’orienter vers le professionnel ou la structure compétente, c’est aussi l’occasion de proposer un bilan de prévention et la consultation de suivi.
⏺️ L’objectif est également de mieux articuler les campagnes de prévention et de communication avec le suivi des tensions hospitalières et de favoriser une approche systématique : vérifier le statut vaccinal, informer suffisamment en amont, proposer un rattrapage lorsque cela est possible, ou faciliter l’orientation vers le professionnel ou la structure appropriée.
⏺️ L’alimentation de Mon espace santé / DMP, l’enregistrement des injections réalisées quel que soit le lieu de vaccination, ainsi que la mise en place de rappels et d’alertes vaccinales à partir de l’historique réel du patient sont des attentes de la feuille de route qui doivent toutefois être accompagnées par des adaptations nationales des systèmes d’information et des cadres organisationnels. Elles constituent donc davantage une perspective de transformation qu’un changement immédiatement applicable dans l’exercice quotidien.
HPV : la rentrée scolaire, un temps fort de prévention
La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) constitue un autre enjeu important de la stratégie régionale.
La campagne de vaccination au collège, concernant notamment les vaccinations HPV et ACWY, doit être poursuivie et renforcée avec la mobilisation des centres de vaccination, de l’Éducation nationale, des élèves et des parents.
À l’occasion de la rentrée 2026, l’IHU Méditerranée Infection rappelle également que la vaccination HPV concerne les filles et les garçons à partir de 11 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans. La vidéo réalisée avec le Dr Amélie Ménard, infectiologue à l’AP-HM, revient notamment sur les bénéfices de la vaccination et les questions que peuvent se poser les adolescents et leurs parents 📽️
Pour les infirmiers libéraux, notamment ceux intervenant auprès de familles et d’adolescents, cette période constitue donc un moment privilégié pour informer, répondre aux interrogations et orienter vers les dispositifs de vaccination.
Une priorité nouvelle : mieux accompagner l’hésitation vaccinale
La feuille de route régionale ne se limite pas à la question de l’accès aux vaccins. Elle met fortement l’accent sur la qualité du dialogue avec les patients.
L’ARS PACA prévoit notamment la création d’un point d’entrée régional unique d’information sur la vaccination, destiné à regrouper les recommandations, les références scientifiques, les supports validés, les formations et les outils destinés aux professionnels.
Un « pack régional de lutte contre la désinformation vaccinale » doit également être développé. Il aura notamment vocation à proposer des éléments de langage et des outils directement utilisables par les professionnels confrontés aux interrogations ou aux hésitations des patients.
Stock vaccinal au cabinet : un dispositif national qui se précise, une expérimentation régionale annoncée en PACA
La feuille de route considère la disponibilité immédiate du vaccin comme un levier permettant de réduire les délais entre la décision vaccinale et sa réalisation et de limiter les renoncements.
L’ARS PACA et l’Assurance Maladie prévoient de travailler à un cadre partagé précisant notamment les questions de logistique, traçabilité, chaîne du froid, délivrance, administration et facturation.
Une expérimentation régionale dans les cabinets de ville est envisagée dans le cadre de la mise en œuvre du futur décret permettant aux infirmiers libéraux de s’approvisionner et de détenir des vaccins contre la grippe et la Covid-19.
En effet, la possibilité pour les infirmiers libéraux de s’approvisionner et de détenir des vaccins en vue de leur administration a été inscrite dans le Code de la santé publique par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. L’article L. 4211-4 du Code de la santé publique prévoit toutefois qu’un décret doit préciser notamment les vaccins concernés ainsi que les conditions d’approvisionnement, de conservation et de traçabilité.
Le projet de décret prévoit un approvisionnement auprès d’une pharmacie d’officine, sur la base d’une commande à usage professionnel. La commande devra notamment identifier l’infirmier, préciser les vaccins et les quantités souhaitées et porter la mention « Usage professionnel ».
Dans son avis du 3 septembre 2026, la Haute Autorité de santé a rendu un avis favorable au projet de décret. Dans une première phase, le dispositif est prévu pour les vaccins contre la grippe saisonnière et contre la Covid-19, pour les personnes ciblées par les recommandations du calendrier vaccinal avec des exigences de conservation, de chaîne du froid et de traçabilité.
➡️ Une conservation dans des conditions sécurisées
Le projet de décret prévoit que la détention des vaccins par les IDEL s’effectue dans leurs lieux d’exercice professionnel, dans le respect des conditions réglementaires de stockage. Leur transport doit également être réalisé dans des conditions permettant de maintenir la chaîne du froid.
La HAS précise que les professionnels concernés devront respecter les mêmes conditions techniques de conservation que celles applicables aux pharmaciens pour l’activité de vaccination. Ils devront notamment disposer d’une enceinte réfrigérée permettant l’enregistrement et le monitoring de la température pour le stockage des vaccins.
Cette exigence renvoie au cahier des charges fixé par l’arrêté du 8 août 2023, qui prévoit notamment, pour le stockage des vaccins, une enceinte réfrigérée avec enregistrement et monitorage de la température.
Concrètement, pour un cabinet infirmier le futur dispositif implique donc de prévoir une organisation permettant notamment :
- une enceinte réfrigérée
- un suivi et un enregistrement de la température
- le respect des conditions de conservation propres aux vaccins
- le maintien de la chaîne du froid lors du transport, notamment entre le cabinet et le domicile du patient
- une organisation permettant d’assurer la traçabilité des vaccins.
Il est important de distinguer cette organisation du simple fait de conserver ponctuellement un vaccin destiné à un patient : le dispositif envisagé concerne la détention et l’approvisionnement professionnel de vaccins en vue de leur administration, dans un cadre réglementaire spécifique.
➡️ Une traçabilité renforcée
Le projet de décret prévoit également que l’infirmier qui administre le vaccin renseigne notamment :
- son nom et prénom d’exercice ;
- la dénomination du vaccin ;
- la date d’administration ;
- le numéro de lot.
Ces informations doivent être inscrites dans le carnet de santé ou de vaccination ainsi que dans le DMP, ou, à défaut, faire l’objet d’une attestation de vaccination. En l’absence de DMP, et sous réserve du consentement du patient, elles peuvent être transmises au médecin traitant par messagerie sécurisée de santé.
Aller vers les patients les plus éloignés du système de santé
La stratégie régionale entend également renforcer les démarches d’« aller-vers » et la médiation en santé.
Les acteurs de proximité doivent être davantage mobilisés pour atteindre les personnes qui rencontrent des difficultés d’accès au système de santé. La feuille de route prévoit notamment de renforcer les partenariats locaux, les actions de médiation et les dispositifs expérimentaux permettant de rapprocher la vaccination des publics concernés.
Dans ce cadre, la présence des IDEL au domicile peut constituer un relais important pour repérer les situations de fragilité, informer et faciliter l’accès aux dispositifs existants.
Quel rôle pour l'infirmier libéral ?
La nouvelle feuille de route régionale positionne l’IDEL comme un acteur de proximité essentiel de la prévention vaccinale.
Son rôle s’articule autour de plusieurs missions :
- Informer et sensibiliser les patients sur les bénéfices de la vaccination et répondre à leurs interrogations ;
- Vérifier le statut vaccinal et identifier les vaccinations à réaliser ou à mettre à jour, notamment lors des soins à domicile ;
- Prescrire et administrer les vaccins dans le cadre des compétences infirmières et du calendrier vaccinal ;
- Profiter de chaque contact avec le patient pour vérifier son statut vaccinal, l’informer et, lorsque cela est pertinent, l’orienter ou proposer une vaccination
- Participer au rattrapage vaccinal, en particulier auprès des personnes éloignées du système de santé ou présentant des retards de vaccination ;
- Assurer la traçabilité de la vaccination dans le dossier du patient et le DMP lorsque cela est prévu ;
- Participer aux campagnes de vaccination et aux actions de prévention coordonnées sur les territoires, notamment avec les CPTS.
